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France in America

Memoir of Hon. Henry A. Bullard, LL. D., president of the Louisiana Historical Society, and late judge of Supreme Court of Louisiana.

Journal Historique de l'Etablissement des Francais a la Louisiane par M. de Sauvole.

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JOURNAL HISTORIQUE
H
L'ETABLISSEMENT DES FRANÇAIS A LA LOUISIANE
PAR
M. DE SAUVOLE.*
Recueil que j'ai pris sur mon journal de ce qui s'est passé de plus remarquable depuis le départ de M. d'lberville, du 3 Mai 1699 jusqu'en 1701.
M. d'lberville m'ayant donné le commandement du fort qu'il a fait construire, j'ai fait travailler nos gens pour se mettre à l'abri des injures du temps ; ce qui n'avait pu se faire avant son départ pressé
* The Historical Journal of M. de Sauvole is a narrative of great interest and value, because it gives the details of what took place when the first colony of Louisiana was established. It should have preceded that of La Harpe's Journal in this volume. M. de Sauvole was one of the most accomplished officers that ever went to Louisiana. He was a poet, an orator, and a soldier. In the high circles of society, where his birth and fortune entitled him to appear, he made a great sensation on account of his brilliant attainments as a scholar. Although born to fortune he preferred a life of activity in the service of the country to one of ease and retirement, and when he heard that M. d'lberville was about to sail for Louisiana, he begged to join the expedition. Having located the colony, and protected them by a fort, M. de Iberville set sail for France in the beginning of 1699, leaving Sauvole and Bienville his lieutenants, the first to command the fort, and the other as general superintendent of the colony.
In the course of this year two missionaries from Canada, accompanied by sixteen Canadians, descended the Mississippi to its mouth, and sailed along the coast until they reached the colony at Biloxi. A communication with Canada was afterwards kept open by Pass Manchac or Iberville and the lakes, in the rear of New Orleans. During the absence of M. d'lberville, Bienville was inde fatigable in making explorations to secure the prosperity and perpetuity of the


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par le peu de vivres qu'il avait. Leur logement étant fini, je leur ai fait clore le magasin qu'il avait dressé ; ensuite, nous avons fait un Hôpital, et nous nous sommes donnés autant de jour que nous l'avons pu autour du fort, en abattant les arbres d'alentour qui étaient d'une grosseur prodigieuse. Je me suis attache dès le commencement à connaître le fort et le faible d'un chacun, pour établir la discipline qu'il faut toujours faire observer. L'on ne le saurait sans peine, surtout à des gens ramassés dont la plupart n'en ont jamais en la moindre teinture: notre Aumônier a dit journellement^ comme dans nos vaisseaux, les prières ordinaires et la messe. M. de Bienville et Levasseur, et M. Bordeneau, notre Aumônier, leur ont donné très bon exemple.
Le 17 de Mai, nous avons apperçu une fumée à l'ouest du fort, de l'autre côté de la rade. J'y ai envoyé un canot pour voir qui c'était -nos gens ont amené le chef des Baïagoulas avec trois autres sauvages. Je leur ai fait la meilleure réception qu'il m'a été possible, et fait mettre la garnison sous les armes : ce qui n'a pas laissé de les effrayer. Comme c'était la première de leurs visites en ce fort, j'ai comblé d'honneurs ce chef, et l'ai fait manger tout son saoul ; c'est le plus grand de leurs plaisirs. Heureusement, ce jour là nos chasseurs avaient tué trois chevreuils. Leur ayant mis une chemise à chacun sur leur corps, je leur ai fait voir le fort : ils ont été surpris qu'en si peu de temps nous ayons entassé de si grosses pièces de bois les unes sur les autres ; nos canons ne les ont pas moins étonnés ; ils les ont trouvés monstrueux, bien qu'ils ne soient que de 8. J'ai fait tirer deux coups à balle devant eux : ils ne savaient ou se mettre tant ils avaient peur. Ayant passé une nuit très tranquillement parmi nous ; à une alarme prés que le sergent leur donna avec sa hallebarde, venant prendre l'ordre, et parlant au major à l'oreille ; cela les fit rêver profondément: m'en étant apperçu, je les rassurai
colony. But the condition of the colonists soon became changed by the inroads of the climate upon their constitutions; and before M. d'lberville's return sickness had made such ravages among them that many died of malignant fevers, probably of what is now called the congestive and yellow fever, so common to Louisiana, among whom was the youthful commander of Biloxi. the lamented M. Sauvole. His career was short hut brilliant. Beloved by all the colonists and followed to the grave by their tears and regrets, his name will ever be consecrated with those who sacrificed their lives to the glory of France and the colonization of Louisiana. The picturesque ruins of the old fort of Biloxi, now occupied by an Anglo-American family, with its bastions still throwing their evening shadows upon the placid waters of the bay. mark the spot where Iber-ville and Bienville often met to drop a tear upon the grave of one ever dear to the memory of Louisianians.


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par des caresses. Le lendemain, au point du jour, ils m'avouèrent que leurs femmes étaient de l'autre côté, et qu'ils seraient ravis de leur faire voir le fort. Le chef les voyant débarquer me fît signe de faire mettre les soldats sous les armes, et chercha dans le.fort, criant hautement que sa femme y était, et qu'il fallait lui faire les mômes honneurs qu'à lui. Je n'avais pas compté que les sauvages y fussent sensibles. Après être resté trois ou quatre jours parmi nous, ils partirent Je leur ai donné deux de nos jeunes garçons pour qu'ils apprennent leur langue ; ils enverront l'un aux Houmas et garderont l'autre chez eux. Ce chef s'appelle Antobeteania. C'est le sauvage le plus rusé que je connaisse, et qui va le plus à ses fins. Il m'a dit que la converture que M. d'Iberville lui avait donnée, avait eu le même sort que sa maison qui avait été brûlée ; bien que je n'en crusse rien, jo lui ai donné un habit rouge ou capot ; mais je lui ai fait entendre que je ne le lui donnais que pour qu'il eût plus de soin du jeune homme que je lui confiais. Je donnai à chacun des autres de petits présents, des rassades, des couteaux, quelques haches ; et les engageai par là à conduire M. de Bienville aux Equinipichas, auxquels j'envoyai aussi un présent d'un capot, d'un calumêT, de rassades et autres affaires propres à gagner pareilles gens. Le chef desBaïa-goulas balança long-temps s'il y irait ou non, me disant qu'il ne répondait pas que les autres ne tuassent nos gens. Je lui dis que nous ne craignions personne, et que s'ils faisaient quelque mauvaise démarche, j'irais les tuer tous. Voyant qu'il ne pouvait plus se dispenser d'y aller, il s'y détermina. Il ne disait tout cela qu'en vue d'avoir tout pour lui et pour ne pas nous donner connaissance d'aucune autre nation.
Le 29, M. de Bienville est revenu des Coulapissas, c'est ainsi qu'ils se nomment. Ils no'nt jamais ouï parler de M. de Lasalle ni de M. de Tonty. Il y a été bien reçu. Ils ne sont qu'à quatre journées de nous. Ils m'ont envoyé deux calumets de paix ; malgré cela, ils n'ont jamais approché d'ici. Il faut que le chef des Baïa-goulas les ait intimidés, faisant croire que c'était eux que nous cherchions. M. d'Iberville et moi, lorsque nous les avons tant questionnés sur la fourche de la rivière et sur les Quinipissas. Ils ne sont pas plus de cent cinquante hommes, mais très bien faits.
Le blé d'inde que nous avions semé et autres herbages ont été brûlés par l'ardeur du soleil. M. d'Iberville peut avoir avancé que tout y venait à merveille ; il est vrai aussi que quand il partit, je lui offris à manger d'une salade de laitues, bien qu'il n'y eût que 18 jours qu'on l'avait semée. Mais la sécheresse a été si grande, que tous les marais ont séché. Le mois de Juin est le plus chaud, c'est celui-là


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ou nous avons été en grande disette d'ean ; et sans le secours d'un petit ruisseau que je trouvai étant à la chasse à une lieue et demie du fort, nous eussions été mal dans nos affaires, n'en trouvant pas une goutte dans les autres endroits. Il y a une si grande quantité de crocodiles qu'on en voit à tout moment ; mais nous n'avons pas lieu de nous en plaindre jusqu'à présent; nous en avons tué plusieurs au pied du fort ; ils n'y reviennent plus si fréquemment. Les serpens sont beaucoup plus dangereux. J'en ai vu la preuve sur un de mes chiens qui étant mordu par un serpent à sonnettes ne vécut point un quart d'heure. Il enfla si fort sur le champ, qu'il ne put branler de l'endroit. Heureusement personne n'a eu ce même sort.
J'ai envoyé reconnaître la baie de la Mobile le 9 Juin, et le fort de Pensacola ; voir si les Espagnols ne l'auraient point abandonné faute de vivres, comme leurs déserteurs nous l'avaient ass'uré ; ce qu'ils n'avaient point fait par le rapport de M. de Bienville qui y à été; mes instructions le portant, je n'eusse fait nulle difficulté d'y envoyer dix hommes jusqu'à l'arrivée des vaisseaux, ou pour mieux dire, nous nous y fussions tous transportés.
Je ne saurais occuper nos gens que deux heures le matin et deux heures le soir, à cause du grand chaud, pour défricher et brûler autour du fort, tant il fait chaud. La plupart de nos gens ont été atteints de la dissenterie. Les mauvaises eaux la leur ont sans doute causée ; encore, n'en trouve-t-on pas quand on veut : à l'égard du terrain, il est assurément fort ingrat. Ce n'est quasi que du sable brûlant nos gens ont semé très souvent, et infructueusement. Les arbres sont sur pied percés de vers ; les traversiers en ont été endommagés. Cà n'a pas été sans peine si nous les avons remis en état,personne ne s'en étant défié, et encore ça n'était il pas trop bien; j'avoue très ingénuement tout contre moi sur ce qui vient en ma connaissance.
La rivière de la Mobile est peu de chose ; son terrain est bas et stérile ; point d'eau à son entrée, 7 pieds seulement ; encore l'entrée est elle très difficile.
Le 25 de Juin, nos gens ont amené deux savages de la nation des Biloxis qu'ils ont trouvé sur le bord de l'eau. Ils n'ont pu parler à leurs femmes qui étaient avec eux et qui s'en sont enfuies. Je leur ai fait le meilleur accueil que je l'ai pu, et donné quelques haches, un sabre et un chapeau.
Le chef des Baïagoulas m'a laissé ici un sauvage âgé de 22 ans pour apprendre notre langue : il a fort bien redressé les autres sur ce qu'il leur voyait faire qui n'approchait point de notre manière ; il nous copie de son mieux ; il serait fort fâché de nous quitter.


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J'ai envoyé reconnaître la rivière des Pascagoulas et Biloxis qui est à deux ou cinq lieues d'ici ; son terrain est bon à deux journées de son embouchure ; il n'y a que deux pieds d'eau à son entrée, et à un demi cable 7 à 8 brasses ; elle serpente beaucoup ayant fait 16 lieues. L'on rencontre les villages des Pascagoulas, Biloxis et Moc-tobis qui ne sont pas 20 cabanes en tout.
Juillet. II est arrivé deux canots d'écorce le 1er de ce mois, dans lesquels il y avait deux missionnaires. Ils étaient en tout 18 hommes. Ils sont du séminaire de Quebec. L'un est établi aux Taen-sas, et l'autre anx Tonicas. Ils ont appris de nos nouvelles aux Houmas, et sont descendus par le bas du fleuve à la mer. Us ont été dix jours dans leur traversée ici, et sans le secours de quelques pluies, ils seraient morts de soif indubitablement ; car, la plupart étaient très mal par la disette d'eau. Je leur ai fait tous les plaisirs qu'on peut faire en pareil lieu, et les ai fait refraichir par des bouillons de chevreuil qui ne leur a pas manqué. Us sont restés neuf jours parmi nous. Je les ai priés de prendre le parti de s'en aller, vu que bous n'avions que peu de vivres. M. de Montigny à qui je me suis adressé^ m'a dit que je lui faisais plaisir, qu'il n'osait commander aux gens qu'il avait avec lui ; qu'ils lui eussent voulu du mal, s'il leur en eût* parlé lui-même, qu'il voyait bien que dix-huit hommes n'étaient que très à charge en pareille conjoncture. Si notre traversier que j'avais envoyé à St. Domingue venait à manquer, la garnison en eût souffert, et je ne pouvais pas m'en dispenser. M. de Montigny m'a marqué envie de s'en aller établir aux Natchez qui est la nation la plus nombreuse du bas du fleuve, et la plus respectée des autres sauvages. Pour faciliter quelque accès près de leur chef, je lui ai remis un capot rouge dont il lui ferait présent, et quelques haches et autres affaires tant pour lui que pour les sauvages où ils ont fait leur mission. Us ont emporté du vin pour dire la messe, des outils et de la farine. Us avaient avec eux 3 sauvages de la nation des Chauanons, et deux autres des Taensas. Je leur ai donné un capot de toile à chacun, et quelques rassades pour que les nations d'en haut ne doutent point que nous ne soyons au bas du fleuve. Ces sauvages se trouvaient si bien parmi nous, que ces Messieurs ont en beaucoup de peine à les faire embarquer ; il a fallu que je leur aie donné pour leur servir de guide pour le portage le jeune homme des Baïagoulas, n'ayant pour pilote que le petit enfant que j'avais envoyé aux Houmas, qu'ils avaient pris aux Baïagoulas en descendant,
Un nommé Launay qui était avec eux m'a fait une carte du fleuve qu'il dit avoir descendu et monté deux ou trois fois. Il était avec M. de Tonty quand il a fait la paix avec les Quinipissas qui
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nous ont si adroitement caché cette nation. Il m'a assuré que le chef des Mogoulachas est véritablement celui des Quinipissas. Ils étaient établis en ce temps là 20 lieues plus bas qu'ils ne sont à présent; la maladie les a détruits; le peu qu'il en est resté s'est joint à la nation des Mogoulachas dont le chef est du nombre, et l'ont reçu pour tel, car il est le chef.
Le 13, le chef des Pascagoulas est venu nous porter en chantant le calumet de paix ; il avait à sa suite 7 hommes de la même nation. Je n'ai point vu de sauvages moins embarrassés ; ils nous ont embrassés, ce que je n'avais point vu faire aux autres ; ils passent doucement la main sur la poitrine à leur abord. Ayant élevé leurs bras au ciel, ils m'ont apporté en présent 6 peaux de chevreuil, dont ils ont fait présent sur le champ à nos chasseurs, pour faire des souliers sauvages, quelque peu de viande boucanée et la moitié d'un chevreuil. Ils sont repartis après avoir eu leurs présents comme les autres.
Il a presque plu tous les jours pendant le mois de Juillet. Nous n'irons plus chercher à boire si loin. Sans le vent de sud ouest qui règne dans les grandes chaleurs, on serait mal en ce pays. Le 21 du mois il est arrivé quatre sauvages de la nation des Pascagoulas, qui, apr6s avoir passé une nuit parmi nous, sont repartis chargés de nos présents qui, selon eux, ne sont que très minces.
Quant au sujet de l'eau de vie, je n'en puis parler qu'avec aigreur, et dire que c'est la plus pernicieuse boisson qu'il y ait tant pour la santé que pour les discussions et querelles qui en proviennent: elle ruine le corps, abrutit l'homme ; quelque précaution que j'aie pu prendre, il ne m'a pas été possible de leur faire boire leur ration journellement ; ils la prennent pourtant de même ; mais ils ont le secret de la cacher si secrètement qu'on ne saurait la déterrer pour la boire quand ils en ont assez accumulé. S'il était possible d'envoyer du vin suffisamment, ou assez de grain et de me'lasse pour faire de la bière, ils s'en porteraient bien mieux ; et cela nous exempterait d'infliger des punitions que nécessite l'ivresse. Le vin ne fait pas la centième partie de l'effet que produit l'eau de vie.
Août. Le commencement de ce mois a été le plus beau qu'on puisse voir au monde. Il est arrivé le 8 une pirogue dans laquelle il y avait sept sauvages de la nation des Pascagoulas, parmi lesquels se trouvait le chef de cette même nation ; il s'appelle Chenoua. Ils sont établis sur la rivière de la Mobile. J'avais dans mes instructions l'ordre de faire beaucoup de caresses à ces nations, et de leur donner un fusil ; ce que j'ai fait. Ils vont indubitablement voir les Espagnols ; car ce chef avait un de leurs mousquets. Outre le fusil, !e lui ai donné un sabre, un chapeau brodé, un capot, un plumet, et


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d'autres présents pour les siens. Ils se sont si bien trouvés parmi nous, qu'il n'y a point de sauvages qui, après être venus ici, n'y soient revenus plusieurs fois.
Le 21 Août notre traversier est revenu de St. Domingue chargé de vivres qu'il a pris au cap ; nous n'en avons pas été contents. Il s'est trouvé beaucoup de farine gâtée, la moitié d'eau de vie de madère d'une qualité détestable, renfermée dans des barrils très petits qui, l'un dans l'autre n'étaient remplis qu'à un quart près ; elle était dans les plus mauvais fûts du monde. Si le capitaine du traversier, nommé Guion, n'eût pas passé à Léogand, nous eussions eu quinze barrils de farine de moins, que M. Ducasse lui a fait prendre pour faire les six mois de vivres que le gouverneur nous envoyait : il peut s'être trompé. Quant à l'eau de vie, il me manda qu'il me l'envoyait moitié de France, moitié de Madère, 'n'en ayant point d'autre.
Le 22, j'ai envoyé sonder les deux lacs par où M. d'Iberville a descendu et qu'il avait nommés lacs Ponchartrain et Maurepas, ce qui n'est plus. Par le rapport qu'il m'a fait, il est impossible de faire d'établissement sur leurs bords, tant le terrain y est bas et noyé.
Le 27, j'ai envoyé deux canots d'écorce commandés par M. de Bienville avec six hommes lui compris pour aller faire portage dans le fleuve Michassippi, et le descendre jusqu'à son embouchure. Il a trouvé plus d'eau dans le chenal où nous avons monté que dans les autres il a monté aux Baïagoulas et aux Quinipissas. Il nomme les Mongoulachas, Quinipissas, parceque nous voulous faire revivre cette nation dont le chef est véritablement un Quinipissas.
Il a trouvé ces deux nations très affligées de la perte de quelques hommes que les Houmas leur ont tués, ayant été chez eux les surprendre dans le temps qu'ils étaient à travailler dans leurs champs. Ils l'ont appris par le petit garçon qui est chez eux. du reste j'ignore la cause de leurs différends.
En descendant le fleuve, et à 25 lieues de son embouchure, M. de Bienville a rencontré une frégate Anglaise de 12 canons à la quelle il a fait opposition (comme l'ordre que je lui avais donné le portrait). C'était le 15 Septembre. Le capitaine de la frégate, nommé Barr,*
* Coxe, in his description of Carolana, called by the Spaniards Florida, and by the French La Louisiane, states that this ship (in 1698) was the first that ever entered the Mississippi river from the sea. He further states that in the year 1678 a considerable number of persons went from New England to make discoveries, and proceeded as far as New Mexico, one hundred and fifty leagues beyond the Mississippi, and after their return rendered an account of their expedition to Colonel Dudley, afterwards Governor of New England. That his


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lui avoua ingénuement qu'il n'avait été reconnaître cette rivière que pour y faire un établissement pour une compagnie ; mais, voyant que nous nous en étions emparés avant eux, et nous croyant établis en haut, il a pris le parti de s'en retourner, assurant les nôtres qu'on le reverrait l'année prochaine.
Il est arrivé 13 sauvages le dernier de Septembre, de la nation des Baïagoulas et Quinipissas.
La rivière de Mississippi n'a point de courant ou très peu. Depuis le l Septembre jusqu'au 15 Novembre, l'eau avait baissé de 20 pieds aux Baïagoulas (à son embouchure il y en a d'avantage dans ce temps là).
Le 17 Octobre il est arrivé une pirogue de Pascagoula dans laquelle il y avait 13 sauvages ; parmi eux, il y en avait un qui venait de la nation des Ohactas ;* il nous a dit que cette nation était fort
father, the proprietary of Carolana, twenty-three years before, was possessed of a journal from the mouth of the Mechasebe (Mississippi), which had been written many years before, together with a large map with the names of the rivers, nations, and productions of this country.
That in 1698 he fitted out an expedition at his own expense, consisting of two ships, armed with twenty great guns, sixteen patereroes, and an abundance of small arms, ammunition, stores and provisions, not only for the use of those on board, but also for building a fortification and settling a colony, there being in both vessels a great number of volunteers, including gentlemen and noblemen.
One of these vessels, commanded by Captain Barr, entered the Mississippi and ascended it above one hundred miles, and would have established a colony there had the captain of the other ship done his duty and not deserted him.
lie, however, took possession of this country in the name of his Majesty, and left in several places the arms of Great Britain affixed on boards and trees for a memorial thereof.
* The Chactas and Chicachas came from the west, according to a tradition preserved among them, and are an off-shoot of the Cliichemecs, who were driven out of Mexico. After wandering many years, the Chactas crossed the Mississippi, aud settled in the territory now embraced in southern Mississippi and southwestern Alabama, while the Chicachas established themselves in northern Mississippi, and all the western half of Tennessee. They spoke the same language, with the exception of a slight difference produced by the intonation of the voice. At the time the French visited Louisiana, they were still a powerful nation, numbering about twenty thousand warriors, and occupying more than fifty large villages. They successively exterminated the Chocchu-mas, Yasous, Tunicas, and several smaller tribes inhabiting the banks of the Mississippi. They were slender in form and very active, and both sexes were models of beauty and figure. They marked their faces and bodies with curious figures in blue indelible ink, and flattened their heads by artificial means, hence they were called " FUdheads." No Indians excelled them in hospitality. They were superior orators, spoke with good sense, and used most beautiful meta-


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nombreuse et avait 45 villages ; il en parle avec beaucoup de vénération et de crainte. Il nous a fait entendre que les Chactas et les Anglais avaient eu affaire ensemble ; ces derniers allaient, dit-il, aux Chicassas. Je crois fort bien que de la Caroline ils pouvaient avoir passé aux Chicassas où deux hommes des leurs sont établis, selon le rapport de M. Davion, un des missionnaires qui ont été ici ; ce missionnaire avait été aux Chicassas avec eux ; ils étaient partis ensemble des Tonioas où ils ont été pour acheter des esclaves destinés à la Caroline.
La frégate qu'on a trouvée dans le Mississippi pouvait bien avoir donné rendez-vous à d'autres Anglais pour se joindre au bas du fleuve. C'est à savoir s'il est vrai que les Anglais et les Chactas se soient battus. Ce sauvage avait sur lui une couverte bleue qu'il dit avoir trouvée près d'un homme mort. Ce qui me le fait croire, c'est que les Chactas sont enragés de ce qu'ils achètent de leurs esclaves et d'autres sauvages.
Plus j'ai connaissance de ces espèces de nations, plus je suis frappé de leur misère. Si l'espoir de trouver quelque mine ne se réalise point, la cour ne saurait être remboursée des dépenses qu'il lui faut faire, à moins qu'elle ne permette la desconte du castor par ici, ce qui ne sera pas ruineux pour le Canada ; car il aura toujours
phors. Their speeches were concise, strong, and full of fire. They had no other religion than that which attached to their funeral rites. They had some idea of a Supreme Being. The French missionaries never succeeded in con. verting them to Christianity. This once powerful and warlike nation lias now almost disappeared from the state of Mississippi, having sold out their country and emigrated to the Indian Territory west of the Arkansas, where they are rapidly advancing in the arts of civilization. They have a republican constitution, a legislature, and a judicial system, and every measure is taken by the general government to civilize them.
The Chicachas, a brave and warlike nation, were among the most haughty, cruel and insolent people among the southern Indians. They numbered about forty villages, and had numerous well cultivated fields, They defeated De Soto, D'Artaguette and Bienville in several pitched battles, and were the enemies and constant terror of French voyageurs upon the Tennessee, Tombecbee and Mississippi rivers. Like the Creeks, they often invaded a country, killing and carrying off slaves and plunder. They neglected agriculture, and when not occupied in hunting or warfare, they amused themselves with dancing and playing upon musical instruments. They were athletic, well formed and graceful, and their women handsome. Like the Creeks they punished adultery by beating their wives with poles, and cropping their ears. Of all the North American Indians they were the most expert in tracking their enemies or game. They were constantly at war with other tribes, and were the implacable foes of the French. In short, they were the Spartans, and the Chactas were the Boe-tians of Louisiana.


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son cours et la même abondance. L'on ferait beaucoup de tort par là aux Anglais. La laine de b uf est encore un article à ne pas négliger. Les sauvages, en peu de temps, en feraient des amas, au lieu de la laisser perdre quand ils ont tué des bêtes; ils la descendraient pour rien ou du moins pour des bagatelles.
Le chef des Quinipissas et celui des Baïagoulas sont arrivés du 28. Le premier m'a confirmé ce que le nommé Launay m'avait dit à son sujet ; il m'a raconté que la jeunesse de sa nation avait été attaquer M. de Lassalle pour voler ses gens ; ils ignoraient l'effet des armes à feu ; quand ils s'en apperçurent, ils se retirèrent en désordre, en perdant quelques hommes; il ajouta que n'ayant point trempé dans cette attaque, il fit offrir à M. de Lassalle le calumet de paix, à son retour de la mer.
L'hiver a été très venteux et très froid. Le vent du Nord s'est fait sentir très vivement pendant le mois de février ; à peine avait on rincé un verre, que l'eau qui y restait était glacée à l'instant.
Les vaisseaux qui étaient en rade pendant les coups de vent n'ont point souffert du tout, tant la tenue y est bonne. C'est le seul endroit, hormis Pensacola, où ils puissent se mettre à l'abri du mauvais temps dans les environs du Mississippi. Je n'ose point assurer s'il est possible de construire un fort à la pointe ouest de l'île, attendu que la mer poussée par un vent de sud la noie ; en outre ce n'est que du sable qui n'a point de solidité. Si l'on bâtissait un fort à un quart de lieue do la pointe, il faudrait sans faute faire des citernes pour le manquement d'eau.
A l'arrivée de M. d'Iberville, je lui ai rendu compte de l'exécution des instructions qu'il m'avait laissées. La rencontre de la frégate Anglaise dans le Mississippi lui a fait prendre le parti de pousser du monde dans le fleuve, afin que personne ne s'en emparât. C'est par là que j'ai débuté aussi ; je me suis offert à lui pour y mener un traversier. Ayant voulu y aller lui-même, il m'a chargé d'aller chercher un endroit propre à changer la colonie et la pousser à moitié chemin du portage qui est à 22 lieues plus bas que les Baïagoulas, dans une rivière d'eau douce que j'ai trouvé avoir assez de courant, et presque aussi large que la rivière de Rochefort. L'ayant montée à une distance d'une lieue, j'y ai trouvé un terrain qui m'a paru assez propre à un établissement, quoiqu'il ne dure qu'une lieue et demie sur ses bords. Je l'ai monté à cinq lieues, et j'ai trouvé tout inondé. Je lui ai dépêché un canot d'écorce que j'avais mené avec moi, pour lui rendre compte de ma découverte, et lui dire que j'attendais des ordres pour y faire travailler. Il m'a fait répondre qu'il m'en laissait le maître, mais qu'il ne lui paraissait point prudent d'abandonner


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le terrain que nous occupions près de la rade où sont nos vaisseaux, l'unique mouillage de ces quartiers ; il ajoutait que si je ne remuais rien, il était à propos de faire écarrir des pieux pour construire nos deux bastions, ce que je fais faire incessamment, afin qu'il voie le travail à son retour. Je n'ai pourtant pas beaucoup de monde ; car de 18 hommes tant Canadiens que flibustiers qu'il a laissés malades, ayant amené les autres, il n'y en a que 7 qui se soient remis. Mais M. de Reconard qui commande son vaisseau en son absence m'a envoyé six charpentiers que j'ai joints à nos soldats. Cet officier met un si grand zèle et une telle vigilance au service, qu'il trouve le secret d'armer 3 chaloupes pour le débarquement des effets destinés pour la colonie ; il nous fournit outre cela le plus de matelots qu'il peut pour nous aider à haler les pieux pour nos bastions.
M. d'Iberville me mande encore son heureuse entrée dans la rivière qu'il a montée 18 lieues. Il a choisi un terrain quoique fort bas qui n'est pas inondé, par le rapport d'un sauvage qu'il avait, après avoir donné des ordres et fait écarrir des pieux pour une maison où il doit mettre six canons. Il s'est rendu aux Baïagoulas d'où sa lettre est datée. M. de Tonty qui l'a joint à l'endroit de l'établissement qu'il a fait, est de son voyage. Il a descendu des Illinois où je lui avais écrit par les missionnaires et marqué à peu prés le temps que nos vaisseaux pourraient arriver. (M. de Tonty est remonté aux Illinois, lui 3ème, et ses gens ont suivi M. d'Iberville. Des sauvages que j'avais menés à bord, sont venus m'avertir qu'il venait trois bâtiments Espagnols le long de la côte ouest.) M. Lesueur reste aux Baïagoulas avec ses 15 hommes, jusqu'au retour de M. d'Iberville. Je souhaite que son bonheur l'accompagne en cette occasion pour le bien du Roi, et qu'il trouve de quoi se dédommager des dépenses qu'il a faites. Il est certain qu'il est impossible de se donner plus de peine qu'il ne fait. Kwn ne lui est diffi-oile ; s'il y a quelque possibilité de faire une chose, on y peut compter sûrement. Je suis outré de n'être point de ce voyage par les lumières que j'en eusse pu tirer. J'espère que la cour me mettra a portée, l'année piochaine, si l'on établit dans la rivière, de faire quelque découverte ; je ne puis en faire ici, tant les environs sont peu considérables.
J'ose me flatter que les sauvages feront aveuglément, tout ce que nous voudrons, quoiqu'ils soient bien paresseux ; ils ont confiance en ce que nous leur disons. J'ai mené le chef de la Mobile voir les vaisseaux, depuis le départ de M. d'Iberville. Il restait extasié de voir de si grandes machines ; il s'est montré fort satisfait de l'accueil qu'on lui a fait. Il avait avec lui deux Chactas et le chef des 15


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Paseagoulas. Etant de retour au fort, ils ont compté aux autres qu'ils avaient été dans des vaisseaux qui allaient jusqu'aux nues, qu'il y avait plus de cinquante villages dans chacun et du monde à n'y pouvoir pas passer, et qu'on les avait fait descendre dans un endroit où ils n'ont vu ni soleil ni lune ; ils sont partis pour aller chez les Chactas leur apprendre ces prodiges. Je souhaite qu'ils les amènent. Revenus des vaisseaux avec M. d'Iberville, où j'avais été pour recevoir les ordres ; nous avons apperçu, avant d'avoir mis à terre, notre petit traversier en feu. Il nous a été impossible d'éteindre le feu déjà trop avancé; en outre, il y avait plusieui's barrils de poudre qui, en peu de temps ont fait leur effet ordinaire. Cet accident a été causé par deux maladroits qui ayant été travailler à bord, y ont laissé une môche allumée qui a occasioné cette perte ; j'en suis inconsolable, par le besoin qu'on en peut avoir. Un malheur n'arrive point seul ; une de nos bissaïennes a déserté ; son équipage était de 9 hommes que la Renommée avait fournis. Ce bâtiment avait chargé a bord, selon son ordinaire, et en était parti le 11 mars après midi ; je n'en fus averti que le lendemain par une chaloupe qui vint des vaisseaux, et me demanda des nouvelles de l'autre qui était parti le veille. J'envoyais M. de Boisbriant après, pour tacher de la rencontrer, ce qui a été inutile. M. Dejourdy a en le même sort. Je ne doute pas qu'ils ne soient allés aux Espagnols. Ils ont sans doute tué leur patron ; ils le lui avaient juré, a ce qu'on m'a dit.
L'autre traversier est parti le 18 pour Pensacola et pour les Apa-laches, par ordre de M. d'Iberville qui réclamera ces gens là. Il écrit une lettre d'honnêteté a chaque gouverneur, et leur donne avis de l'intention qu'ont les Anglais de s'établir dans ces contrées. Je suis dans une grande impatience de la réception que ces messieurs là feront au traversier, et comment ils accueilleront nos honnêtes. J'ai écrit aussi au gouveneur de Pensacola.
Nos bastions seront bien avancés a l'arrivée de M. d'Iberville, cav les pieux sont entièrement éearris pour le deux bastions ; celui de l'ouest est a moitié fait, ses pieux sont extrêmement forts. Je ne néglige pas un moment à les mettre dans l'état qu'il faudra. Il est mort, dans ce fort, 4 hommes qui avaient porté leur maladie de France. Depuis l'arrivée dos vaisseaux, il en est mort trois de ceux qui étaient arrivés ici malades.
A l'égard des perles, je n'en ai point vu de véritables, Un homme de probité m'a dit en avoir vu une véritable qui venait de la rivière des Colapissas (Pearl). Il est certain qu'il y en a beaucoup, selon le rapport des sauvages.
Satjvole. Fait au Fort Biloxi, ce 1er Avril, 1700.


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Suite de ce qui s'est -passé dans le Fort du Biloxi, depuis le départ du traversier pour St, Dominique du 1er Mai, 1700.
Le 12 Mai les chefs d'aomé et de la Mobile sont venus réclamer notre protection contre les Conchas, les Piniscas et d'autres sauvages que leur ont tué 12 hommes. Je n'ai pas balancé à envoyer du monde, dans la nécessité pressante où je me trouve faute de vivres. Je leur ai facilité par la le moyen de cultiver leurs terres, en les rassurant par un tel secours ; outre que nos gens y ont vécu assez long temps, avec quelques rassades, quelques haches et d'autres petites affaires que je leur avais données. J'étais bien aise aussi de m'as-surer le reste de blé d'inde qu'ils avaient chez eux, qui m'a duréjusquà l'arrivée du vaisseau V Enflammé. Ce n'est pas là une petite obligation que nous devons a ces gens là ; ils sont les seuls à cent lieues à la ronde qui eussent pu nous secourir. Ils souhaitent avec passion que nous allions nous établir dans leur rivière. C'est véritablement le meilleur terrain de ces contrées S'y fais rester de nos gens jusqu'à l'arrivée de M. d'Iberville pour voir ce qu'il y aura à faire.
Il y a plus de six mois que les Espagnols n'ont été chez eux ; il est vrai qu'ils avaient mis des cochons dans leurs villages, et qu'ils leur faisaient entendre qu'ils devaient s'y aller établir, lorsqu'ils allaient y trafiquer dublé d'inde. Ils ne les regarderont pas à présent sur le pied de bons amis, car ils ont tué un de leurs sauvages. J'ai toujours veillé à ce que nos gens ne leur fissent pas le moindre tort; aussi sont ils bien contents de nous.
Le 15 j'ai reçu une lettre de Mr. de Bienville, du Mississippi, où il me marque avoir été obligé d'envoyer de ses gens à la chasse à la Baie St. Louis, pour les faire subsister, ne le pouvant pas au bord du fleuve. Je lui ai envoyé sur le champ tout le blé d'inde que j'avais ici, comptant sur le retour d'un bâtiment que j'avais envoyé à la Mobile en chercher. Il est vrai que la garnison en avait pour dix jours. J'avais fort compté que le détachement du Mississippi serait beaucoup mieux que nous par le moyen des Natchez et des Houmas ; mais j'en ai été détrompé par leur misère. J'espère, Monseigneur, que la notre vous, paraîtra assez touchante, pour vouloir bien ordonner qu'on nous envoie des vivres au moins pour 18 mois. Il peut arriver des accidents dans une aussi longue traversée que celle-ci. Peu s'en est fallu que l'Enflante ait éprouvé un sort fort triste en échouant ; c'eût été un malheur pour nous et pour ceux qui le conduisaient, s'ils n'eussent allège leur vaisseau qui s'est rendu ici le 27 de Mai.


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Le capitaine m'a remis un paquet qui consistait en deux lettres, avec le mémoire de Mr. d'Iberville, et un autre paquet renfermant quelques effets pour les sauvages.
Pour répondre, Monseigneur, aux ordres que vous me prescrivez, je commencerai par assurer votre grandeur que les 12 pirogues dont on a besoin sont faites. J'ai envoyé sur le champ du monde au Mississippi : ils sont de retour depuis huit jours ; les pirogues sont de 30 & 23 pieds de long.
Quant à envoyer un canot au Tamaroa, il eût été inutile de le faire ; car les deux hommes dont Mr. d'Iberville fait msntion n'y sont plus. L'un est ici, et l'autre dans rivière des Arkansas.
A l'égard des esclaves du pays de l'Ouest, j'en ai 4 ici. avec un Illinois qui paraît avoir assez couru. L'on ne manquera pas de voyageurs Français, car ils sont en grand nombre. Je serais fort embarrassé sans le secours de la Mobile où je les envoie subsister. Je n'ai pu me dispenser de faire donner la ration à sept hommes que j'ai cru nous être le plus nécessaires, et qui s'en seraient retournés sans cette douceur. Je suis encore persécuté par bien d'autres qui ne savent comment se tirer d'affaire jusqu'à l'arrivée des vaisseaux; ear on ne peut rien tuer à présent à la chasse. Nos malades qui sont au nombre de 30, ne sauraient revenir d'une fièvre tierce qui les mine, faute de remède, et des rafraîchissements qn'on a oubliés à Rochefort. J'attends l'arrivée du traversier avec impatience : il pourra nous apporter quelque secours. J'ai reçu un petit secours du Mississippi, consistant en quatre vingt poules. Celles que nous, avions ici ont été mangées jusqu'à la dernière. J'ai même été obligé de faire tuer 4 veaux pour sustenter les plus malades.
La remarque qve j'ai faite est que. la pluie venant, la maladie ne tarde pas à venir aussi. C'est ordinairement au commencement de Juillet. Ce qu'il y a de bon c'est qu'on n'en meurt pas. Ce sont les Acadiens qui en sont le plus maltraités. Ils n'en sont pas plus sages pour cela. Mr. d'Iberville conviendra sans doute, à son arrivée, de leur mutinerie et de leur inconstance, quand son frère et les autres officiers Canadiens l'assureront de leur désobéissance et de l'air indépendant qu'ilo souhaiteraient avoir. Pourquoi quittent ils leur pays, pourquoi les voit-on errant dans ce pays ci et ailleurs, si ce n'est pour ne point travailler et ne dépendre de qui que ce soit? Peut-on compter après ça, sur une garnison composée de tant d'inconstans. Je puis assurer que pour le moindre travail il m'a fallu moi-même aller les prendre dans leur lit, et ne pas les quitter jusqu'à ce que le travail fût fini. Les soldats sont, sans contredit, plus propres à garder des postes, et il coûterait beaucoup moins au Roi. On pour-


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raient faire un choix d'une vingtaine de ces gens là, parmi les plus sages, si l'on croyait ne pas pouvoir s'en passer. L'exemple de M. Lesueur est tout récent. Il y avait des paris ici, que les gens qu'il avait amenés de France pour son voyage chez les Sioux, ne le mèneraient pas aux Baïagoulas. Il a pourtant été où il voulait, et il est revenu avec les mêmes hommes. Je dois convenir cependant, que les Canadiens sont forts, vifs, et alertes pour les voyages ; mais il faut que le jeu leur plaise. Ils attrapent les manières des sauvages ; mais la manière qui réussit le mieux auprès d'eux, c'est d'avoir de quoi leur donner.
J'ai prié un missionnaire qui est parti d'ici pour retourner aux Natchez, de nous acheter du blé d'inde, de le mettre dans une cabane, a fin qu'il soit tout prêt quand on passera chez eux. Je lui ai donné des rassades pour cela. J'ai prié celui qui est ici, s'il s'en retourne aux houmas, d'en faire de même ; sinon, j'enverrai un canot quand le blé d'inde sera ramassé. C'est le Père Limoge qu'il se nomme, il est de la Compagnie de Jésus. L'autre est du séminaire de Québec.
Comme il est porté dans les instructions de prier le révérend père Jésuite qui doit être descendu des Illinois de vouloir bien y remonter pour faire descendre le père Marest, je lus cet article au Père Gravier et au père du Ru. Le premier me dit fort modestement qu'il n'était pas en état de le faire, attendu qu'il n'avait pas les effets convenables pour sa mission, qu'il les attendait par les vaisseaux. Le deuxième parla d'un autre ton, et eût mérité que je l'eusse envoyé lui-même par la réponse qu'il fît en présence des officiers et de moi ; elle me paraît des plus insolente. J'en ferai part à Mr. d'Iberville> ce n'est pas en cette seule occasion qu'il a donné des marques de sa légèreté. Il est rare parmi ces messieurs, de trouver des esprits aussi peu accommodants que l'est celui-ci. Il a trouvé le secret de se brouiller avec tous les officiers de ce .fort et avec ceux du vaisseau P Enflammé. Les remonstrances que je lui ai faites l'ont tellement aigri contre moi, qu'il a mis tout en usage pour s'en venger. Il a été jusqu'à vouloir soustraire des gens de mon commandement. Je remettrai Monseigneur, des écrits à Mr. d'Iberville, qui vous en informeront. Il est bien désagréable, en pareil lieu d'avoir affaire à un tel homme. Votre grandeur verra si je suis capable de lui en imposer.
À l'égard de l'Anglais qui était établi aux Chicassas, il a été volé et tue par des Canadiens voyageurs comme je l'ai déjà mandé par le traversier.
Les Anglais en ont agi bien différement à l'égard des 3 Cana-


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diens qui ont été à la Caroline ; ils ont été bien reçus, selon le rapport que voici :
Les deux plus apparents nommés Belle feuille et Solon m'ont rapporté qu'il y a quatre cents lieues de Tamaroa à Charleston, autrement Caroline. C'est par la rivière Wabash qu'ils s'y sont rendus : ils la disent très belle. Ils n'ont trouvé qu'un portage d'une lieue et demi qui est à cent lieues de la Caroline. Le premier village qu'ils ont trouvé appartient aux Chicassas; il est situé à droite en montant, environ à cent quarante lieues du Mississippi. Ensuite on rencontre les Coongaleés, les Calés où il y a un Anglais établi pour trafiquer des esclaves, comme ils font chez plusieurs autres nations. Les Cassotis et les Cakinori pas, sont sur une ile que forme la rivière aux deux extrémités de la quelle sont situées les deux nations. Ils ont passé aussi chez les Cherokees qui sont voisins de la rivière des Cha-vanons.
Le Gouverneur de Charleston s'appelle M. Moore. Ils l'ont trouvé à la maison de campagne à six lieues de la ville où pas un d'eux n'est allé. Il leur a offert quatre livres et demie de leur castor qu'ils n'ont pourtant pas apporté dans leur canot. Ils en avaient seulement de montre. Ils en ont agi de même ici ; ils veulent savoir s'il est permis de le passer en France. Il est positifque si ces vagabonds et rebelles prennent une fois l'habitude d'aller aux Anglais, on ne les reverra pas de si tôt au Canada, ni ici. Il est tout à fait de conséquence d'y mettre ordre. Je compte très fort, Monseigneur, sur les ordres que vous nous enverrez sur ce sujet.
Ils ont parlé à un ingénieur Français religionnaire, que M. de Bienville rencontra dans le Mississippi, quand je l'envoyai faire opposition au Capitaine Barr qui commandait une frégate pour des découvertes. Ce même Français leur a dit avoir découvert une ruine (s'il faut et croire ces gens là) à 50 lieues de la ville, dans la rivière des Chavanons dont il avait envoyé de la matière en Europe: ils la disent être d'argent.
Nous avons découvert un terrain qui n'est pas noyé. Il est au dessus de l'établissement à 10 lieues. Il y a 7 à 8 cabanes de sauvages actuellement. On peut y communiquer par le grand lac ; mais il n'y a pas de quoi placer bien des gens, à cause de son peu d'étendue ; il est à un quart de lieue du Mississippi.
J'ai envoyé 4 hommes par terre aux Natchez pour découvrir si le pays est beau, et la distance qu'il y a d'ici. Ils m'ont rapporté n'avoir trouvé qu' une rivière à quatre journées d'ici, qu'ils croient celle de Colapissas : mais, qu'il y a bien des ruisseaux qui y coulent en hiver, et qu'on aurait de la peine à passer. Ils ont trouvé d'au-
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très pays depuis. Celui des Natchez est bien différent ; car il est parfaitement bon et agréable. Il y a cinquante lieues d'ici.
M. le Sueur est arrivé des Sioux dans une felonque que M. d'-Iberville lui avait prêtée pour remonter le Mississippi. M. de Tonty est ici aussi avec des missionaires. Je n'ai pu me dispenser de faire donner des rations à ces Messieurs, mes provisions n'étant point arrivées, et M. d'Iberville étant à Paris quand ce vaisseau est parti ne m'apportant que peu de chose.
A l'égard de Mathieu Sajan que vous m'ordonnez de garder en ce fort, il me paraît fort embarrassé : il a trouvé nombre de gens ici que le connaissent pour avoir été engagé au Canada ; mais ils ne le connaissent pas pour fils d'un sergent nommé Duplessis, comme il a voulu me l'assurer. Us le contrarient sur un voyage qu'il dit avoir fait il y a 22 ans ; il ne saurait nommer un des dix Français qui étaient avec lui ; il n'est pas possible qu'on passe trois années ensemble sans en garder le souvenir. Cependant il ne cesse de parler de la nation des cannibas où il dit avoir vu une si grande quantité d'or. C'est par le Missouri qu'il prétend l'aller retrouver. Il témoigne beaucoup d'impatience sur le retardement des vaisseaux. Il est sûr que si l'on ne part pas en Septembre l'on court risque d'hiverner vers les Illinois, à cause des glaces.
J'informerai Votre Grandeur de l'arrivée du traversier que j'avais envoyé à St. Dominique pour y aller chercher des vivres et des ra-fraichissemens, et des remèdes pour nos malades. Il n'a porté ni les uns ni les autres ; ensorte que je me trouve à la veille d'un embarras pareil à celui de ci-devant. Il a seulement apporté pour moi 22 barrils de farise et quelques barriques de vin. Je nourrirai volontiers là dessus les missionnaires, et Messrs. de Tonty et Lesueur jusqu'à l'arrivée des vaisseaux. Voilà 13 hommes qui bous revien-nient dans le traversier, autant que M. L'intendant en a envoyés ; si bien que les vivres que j'ai reçus ne sauraient nous mener qu'an commencement d'Octobre, pour la farine ; pour le lard il ne saurait durer que jusqu'au 10 de l'autre mois ; quant au vin, il n'y en a que pour ce mois-ci, pareeque deux barriques ont coulé ; ce qui nous dérange beaucoup. Nous avons tenu conseil là dessus ; et d'après les avis que j'ai reçus par le traversier que M. d'Iberville était encore à Paris, et qu'on ne faisait aucun préparatif à Ilochefort pour ici, il a été décidé de faire passer l'Enflammé par St. Dominique, pour y demander des vivres, si l'on n'avait pas de nouvelles de M. d'Iberville. S'il s'y trouvait par hasard, ce vaisseau continuerait sa route pour France, ce retardement ne devant durer plus d'un mois.
Les voyageurs qui sont ici au nombre., de 60 et plus, payent tribut


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à la maladie aussi bien que nos gens. Il est bien difficile, quoiqu'ils ne le méritent pas, d'avoir quelque charité pour eux ; cependant nous ne sommes guère en lieu ni en état de les secourir.
Ils ont descendu quelques castors 'et quelques menues pelleteries. J'attends, Monseigneur, vos ordres là.dessus. J'ai veillé à ce qu'on n'embarque point un poil de castor sur ce vaisseau.
Sauyole,
Au Fort du Eiloxi. ce 4 Août, 1701,


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